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20 mars 2017

Le plaisir: un ingrédient précieux pour une saine alimentation


(Re)découvrir le plaisir et la satisfaction de manger

Partie I

Lorsqu’on entend parler de « saine alimentation », on s’intéresse bien souvent aux aliments en termes de valeur nutritive et de leurs effets sur la santé et le poids. Par exemple, nous savons qu’il est recommandé de consommer une grande quantité de légumes et de fruits chaque jour en raison de leur teneur élevée en fibres et en antioxydants, de leurs bienfaits dans la prévention de plusieurs maladies et de leur contribution dans la saine gestion du poids. Les légumes et les fruits ont toutefois bien plus à offrir ! Ils disposent d’une incroyable palette de couleurs pour embellir notre assiette, ils possèdent une grande variété de saveurs et de textures pour stimuler nos papilles et ils nous permettent de célébrer savoureusement l’arrivée de chaque saison : les courges à l’automne, les légumes racines en hiver, les petits fruits en été et les asperges au printemps ! Et quel plaisir de découvrir un nouveau légume du terroir ou une nouvelle variété de pommes lors d’une visite au marché public !

Les aliments, bien plus que des nutriments !

Associer les aliments uniquement à leurs nutriments et leurs impacts sur notre santé présente un portrait plutôt étroit de l’alimentation. Plusieurs attributs des aliments sains sont ainsi ignorés, alors qu’ils pourraient nous donner envie d’en ajouter davantage à notre menu. Une dimension très importante de l’acte de manger est aussi mise de côté: le plaisir ! En plus de leur valeur nutritive, les aliments possèdent une « valeur gastronomique, culturelle ou affective qu’il importe de considérer » (1). L’aspect « santé » n’est d’ailleurs pas le seul facteur pris en compte lorsque nous choisissions quoi mettre dans notre assiette. Il est montré que le goût et le plaisir sont parmi les facteurs qui influencent le plus nos choix alimentaires (2-4). L’information nutritionnelle est importante pour nous aider à mieux manger, certes, mais le plaisir alimentaire l’est tout autant. Il nous aide à manger davantage « avec notre corps », c’est-à-dire selon nos sensations, nos préférences alimentaires et nos besoins réels, et moins « avec notre tête », c’est-à-dire selon nos connaissances ou certaines « règles alimentaires ». À titre d’exemple, un individu qui mange principalement avec sa tête sera confronté à de multiples questionnements. « Est-ce le bon aliment ? » « Est-ce la bonne quantité ? » « Est-ce le bon moment ? » « Est-ce bon, est-ce mauvais ? » Considérer ces indicateurs « externes » pour choisir nos aliments pourrait avoir comme conséquence de brouiller les signaux que nous envoie notre corps (tels que la faim et le rassasiement) (5) et mener à un sentiment de confusion et parfois même de frustration par rapport à l’alimentation. Manger pourrait alors devenir un véritable combat ! À l’opposé, un individu qui considère ses préférences alimentaires et ses signaux corporels sera plus à l’écoute de son corps et de ses véritables besoins, en plus d’avoir l’esprit léger au moment de choisir quoi manger. Il importe donc de (re)découvrir le plaisir et la satisfaction de manger!

Caroline Vaillancourt, Dt.P.,
Candidate à la maîtrise en nutrition
INAF, Université Laval 

Références :

1) Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Vision de la saine alimentation - Pour la création d'environnements alimentaires favorables à la santé. 2010. p. 1-6. 
2) Pettigrew S. Pleasure: An under-utilised 'P' in social marketing for healthy eating. Appetite. 2015. 
3) Franchi M. Food choice: beyond the chemical content. Int J Food Sci Nutr. 2012;63 Suppl 1:17-28. 
4) Ducrot P, Mejean C, Alles B, Fassier P, Hercberg S, Peneau S. Motives for dish choices during home meal preparation: results from a large sample of the NutriNet-Sante study. Int J Behav Nutr Phys Act. 2015;12:120. 
5) Gravel, K. Manger avec sa tête ou selon ses sens: Perceptions et comportements alimentaires. Thèse de doctorat en nutrition sous la direction de Véronique Provencher. Québec, Université Laval. 2013. 213 pages.